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L’auto-édition, canon ou bidon ?

Me voilà aujourd’hui pour un sujet, ou plus exactement une réflexion qui pourrait bien nourrir le fameux débat édition VS auto-édition. Et nous savons bien que les débats ont cette fabuleuse capacité à faire évoluer les opinions et les idées. Ça méritait bien un article de blog, non ?

L’auto-édition est-elle professionnelle ? Que signifie être “professionnel” ? Doit-on être conforme aux traditions de l’édition ancestrale ou bien innover, proposer une alternative ? Ces deux voies d’édition doivent-elles obligatoirement s’opposer, ou ne peuvent-elles pas simplement s’enrichir mutuellement ?
Voilà certaines des questions que je voulais partager avec toi ici, afin de nourrir nos visions des transformations du monde du livre.

J’ai écrit cet article suite à une conversation très intéressante avec une personne participant à l’organisation d’un salon du livre. Je ne donnerai aucun nom, aucune référence quant à l’évènement ou à la personne, car il ne s’agit pas de dénigrer qui que ce soit, et que j’ai beaucoup de respect pour les opinions de mon interlocuteur.

Des critères plutôt “sélect”

Il y a quelques jours, j’ai appelé pour demander à participer à un salon du livre. Lorsque j’ai dit que j’étais indépendante, on m’a répondu qu’aucun auteur auto-édité n’était pris sur ce salon, car ils se doivent de « respecter la politique du livre ». J’ai donc demandé quelques explications, il semblerait qu’il y ait des critères de sélection mis en place qui excluent les auto-édités.

En toute honnêteté, je trouve injuste de juger un travail à partir de croyances erronées, ou de marginaliser des professionnels du livre parce qu’ils ne sont pas dans les cases habituelles (je ne parle pas ici spécifiquement de mon interlocuteur). Cependant, chaque évènement possède ses règles, je m’y plie donc, tout en étant certaine que cela changera bientôt grâce à notre travail. Après tout, ça a déjà commencé, non ? ^^

Mais du coup, pour le principe, j’ai creusé la question avec cette personne en lui demandant pourquoi ne pas prendre des auto-édités ? Elle m’a répondu qu’il s’agit de respecter la chaine traditionnelle du livre et de prendre uniquement des « professionnels ».

Autant te dire que j’ai un peu tiqué sur le mot XD, et nous avons défini ensemble ce que cela signifiait pour elle. Déjà, elle différencie le talent du professionnalisme, ce qui me semble être tout à fait judicieux. Cette personne a simplement un profond respect pour le travail éditorial traditionnel, ainsi que pour le travail bien fait. Encore une fois, je respecte totalement cela.

Je lui ai ensuite demandé tout naturellement si elle avait déjà lu des livres auto-édités, elle m’a répondu que non, qu’elle avait seulement feuilleté ces livres et que le travail éditorial laissait à désirer. J’imagine donc qu’elle n’a pas été convaincue par ce qu’elle a aperçu des auto-édités, par conséquent, elle n’a eu aucune envie d’en lire. Il faut savoir que cette personne a de l’expérience, puisqu’elle a longtemps travaillé dans le milieu du livre.
Cependant, doit-on rester sur une opinion aussi tranchée sans avoir réellement expérimenté “l’autre voie” ? Je ne jette la pierre à personne, nous faisons tous des raccourcis sur certains sujets, ce qui donne parfois lieu à des croyances erronées (je ne parle pas de religion, évidemment). Il s’agit plutôt d’ouvrir un questionnement.

J’espère en tout cas que notre discussion restera dans l’esprit de cette personne et qu’un jour, elle lira un auto-édité en se disant “Mince, j’ai raté ça pendant toutes ces années ?”. Peut-être verra-t-elle alors le professionnalisme dans le livre qu’elle tient ?

Le professionnalisme

Cet échange m’a fait réfléchir.

Déjà, je suis allée revoir la définition précise du mot « professionnel ». Voici des définitions tirées de deux sites différents pour que nous partions ensemble sur du concret :

« Le professionnel est une personne spécialisée dans un secteur d’activité ou exerçant une profession ou un métier. Le professionnalisme caractérise la qualité du travail de quelqu’un ayant de l’expérience. Le professionnalisme est la capacité à assurer un engagement envers la société et à répondre à ses attentes. » (Wikipédia)

« Qui exerce régulièrement une profession, un métier, par opposition à amateur. Qui exerce une activité de manière très compétente. »  (Larousse)

Il n’est nulle part mentionné le fait de respecter une tradition, il n’est nulle part fait mention d’un diplôme, mais plutôt d’expérience et de qualité du travail, non ?

En fait, je crois que ce qui m’a interpellé dans cet échange, c’est le principe de ne pas admettre de nouveauté et de rester dans la tradition presque coûte que coûte. Cette façon de voir n’est certes et heureusement pas celle de tous les acteurs du livre, mais elle témoigne de la vision d’un trop grand nombre encore. Il n’y a qu’à voir les commentaires désobligeants que reçoivent certains auteurs.

Notre société n’est-elle pas quelque chose de mouvant que l’on peut modeler en fonction de nos besoins, de l’évolution culturelle et sociétale ? Il me semble que justement, l’art sous toutes ses formes doit être plus flexible et ouvert que le reste, de plus mouvant encore. Car par son biais, nous pouvons faire passer de nombreuses idées et faire évoluer les pensées.

Par ailleurs, il n’y a pas un seul chemin vers nos objectifs, vers une meilleure société, ni vers le succès, non ? Et il n’y a pas qu’un seul chemin dans l’auto-édition, non plus ^^.

Créer son chemin, faire évoluer la société

Je regardais une interview de David Laroche qui interrogeait des membres des ECHO-liés, un groupe d’artistes qui mélange la danse, le stand up, la vidéo. Grâce à leur travail et leur persévérance, ils jouent dans de célèbres théâtres parisiens, mais aussi dans le monde suite à leur passage dans l’émission La France a un incroyable talent. Ortega, le leader, a dit au cours de cette interview que le meilleur moyen d’avancer était d’emprunter la voie où personne n’est allé, celle où il n’y a aucune trace de pas. Et je trouve cette idée tellement inspirante !

Eh bien oui, si on y réfléchit, les traditions d’aujourd’hui ont forcément été, à leurs débuts, une innovation critiquée, considérée parfois comme une hérésie. Alors, pourquoi nous contenter de la voie déjà tracée ? Sachant qu’en plus, la voie de l’auto-édition est empruntée depuis quelques années déjà, elle s’est professionnalisée. Les plateformes d’autoédition ont fleuri, car il y avait de la demande et ont agrandi cette voie. Tellement d’ailleurs que l’État commence à prendre conscience de l’existence de cette profession, et créé un statut spécifique à l’URSSAF !

Même si tout est encore un peu flou au niveau de l’administration, l’auto-édition fait sa place dans la société, alors pourquoi certains détournent encore le regard en disant, « non je refuse de reconnaitre le professionnalisme de ces auteurs, car ils ne font pas partie du circuit habituel ».
C’est tellement dommage…

Envisager le changement comme une opportunité

Sais-tu que changer ses habitudes créé des occasions, des opportunités ?

Moi je sais que oui. Cela ne t’est jamais arrivé de devoir changer de route à cause d’un bouchon ou d’un accident, et que sur cette nouvelle route tu découvres une boutique géniale ? Cela ne t’est jamais arrivé de changer de magasin pour faire tes courses et de tomber sur le produit que tu cherchais encore et encore au même endroit, et qu’en plus tu rencontres une personne pas revue depuis des lustres ? Sortir de sa zone de confort créé des opportunités.

Par ailleurs, n’est-ce pas le devoir des professionnels de se tenir informés des nouveautés et pas seulement dans leur domaine, dans leur voie, mais bien des innovations ? On apprend toujours des autres et particulièrement des innovations. Pourquoi rester enfermé dans son propre système ?
Moi, je dis que deux systèmes différents peuvent s’enrichir et s’apporter mutuellement, mais encore faut-il remarquer les forces des deux côtés de la barrière érigée entre eux.

Voici un article très intéressant que je t’invite à lire, il s’agit de “Menace ou opportunité, où en est l’auto-édition en France aujourd’hui ?” écrit par la cofondatrice de Librinova et datant déjà de 2018, mais toujours d’actualité. Cet article est représentatif des changements qui s’opèrent dans l’édition, et de l’évolution des mentalités.

Je terminerai cette réflexion par ceci : la langue française évolue tout le temps et les modifications orthographiques de 1990 ne font toujours pas l’unanimité dans certains cas. Alors doit-on dire de ceux qui refusent le changement qu’ils ne sont pas professionnels ? Ou bien de ceux qui souhaitent faire bouger les choses qu’ils trahissent les traditions ?

L’auto-édition peut être professionnelle sans être identique au travail des maisons d’édition. Pour moi le travail professionnel n’est pas garanti par la tradition, mais par l’implication de celui qui l’exerce et son ouverture à l’évolution, aux nouveautés.

Parce que l’être humain n’est pas fait pour rester dans des cases. Il est fait pour créer de magnifiques idées ou objets en confrontant ses opinions, en se dépassant, et surtout, il n’opère pas seul.
Ce fameux proverbe africain est tellement vrai : “Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin.” Oui, même un auteur indépendant ne travaille pas seul ;-).

J’attends avec impatience de lire vos avis sur cette merveilleuse réflexion 😉 Et je tiens aussi à remercier tous les acteurs du livre qui se sont déjà ouvert à l’auto-édition, car ils sont de plus en plus nombreux.

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